La mauvaise foi de l’IRSN concernant les faibles doses – leur dangerosité connue depuis des lustres

L’IRSN tient un double discours sur les faibles doses. C’est très visible dans un article sur les “faibles doses” de son site Web où elle se contredit elle-même.

Sans aller jusqu’à adhérer au modèle linéaire sans seuil, son article présente le modèle linéaire comme le modèle de référence (il expose le modèle linéaire sans seuil mais le remet en cause en affirmant qu’on n’observe aucun effet à faible dose, puis présente plus bas une version avec seuil) mais la linéarité elle-même est en fait totalement contredite dès le début de l’article par les illustrations données sous forme de graphique : on voit très bien que les effets à faible dose sont, selon le graphe du haut, finalement modestes, et que se produit une accélération après un certain niveau : en d’autres termes la courbe donné par l’IRSN n’est pas du tout linéaire mais quadratique (même un peu exponentielle), ce qui revient à représenter l’effet “d’hormesis” selon lequel le corps est capable d’absorber sans réel dommage les faibles doses.

IRSN courbe non linéaire

Ce n’est pas du tout ce qu’affirme la Commission européenne, qui a reconnu la linéarité sans seuil pour la radioactivité et ses conséquences importantes en matière d’études épidémiologiques sur les pesticides. Le gouvernement suisse reconnaît lui aussi adhérer entièrement au modèle linéaire sans seuil. La Commission internationale de protection radiologique adhère aussi au modèle linéaire sans seuil (depuis la recommandation 60 de la CIPR, et ce modèle a été encore conforté par la suite – article de la Société Française de Radioprotection de 2007). J’ai fourni à la Commission européenne le travail réalisé avec l’aide de la Dr Samira Alaani de Falloujah et de Paolo Scampa, ancien expert CORDIS pour la radioprotection auprès de la Commission européenne, qui montre notamment à partir de données épidémiologiques à très grande échelle en Europe et aux Etats-Unis des variations très significatives pour de nombreuses maladies (cancers, trisomie 21, autisme, schizophrénie, maladies neuromusculaires…) qui suivent parfaitement les lignes des variations de radioactivité naturelle, et qui explosent naturellement dans les régions bombardées par les armes à uranium appauvri.

Surtout, avec les données statistiques de la Sécurité sociale, il est extrêmement facile de mettre en évidence les variations à grande échelle que j’ai pu constater, et donc l’effet de l’exposition longue à de faibles doses, à travers les données épidémiologiques fournies par des chercheurs sans lien avec le milieu du nucléaire. Ces résultats que j’ai pu obtenir en quelques jours de recherches et qui sont centraux dans mon courrier à la Commission européenne à la suite de laquelle celle-ci a reconnu la validité de mon travail et déclaré y faire référence à l’avenir sont encore plus faciles à obtenir avec des données statistiques nationales qui sont évidemment déjà à leur disposition, ou le seraient du moins s’ils se donnaient la peine de regarder.

Concernant les mensonges de l’IRSN, voir aussi :

1) l’uranium a été totalement passé sous silence dans le nuage de Tchernobyl, comme si l’uranium n’explosait et ne brûlait pas !

2) tiens donc, du sodium dans le réacteur de Tchernobyl… c’était donc un RNR

3) la blague du Ru106 qui viendrait prétendument de Mayak en Russie mais en réalité provient d’une explosion d’arsenal d’armes conventionnelles (donc nucléaires, les flashs sont là pour le confirmer) en Ukraine, et il était accompagné de nombreux autres produits de fission, qui ont été passés sous silence – ne parlons pas de la censure quasi systématique des balises que je mets en évidence

4) d’une manière générale, le silence sur la dangerosité de l’uranium appauvri en dépit de l’évidence, de ce que même certains officiers préviennent leurs troupes de ne pas approcher les cibles de missiles antichar et de ce que cette dangerosité est connue depuis des lustres, depuis les premières mines d’uranium et les premières expériences de la CIA…

– et beaucoup d’autres choses à découvrir sur le site de Pyrophor, l’association européenne contre les armes à uranium appauvri. J’ai notamment démontré l’emploi systématique d’uranium appauvri dans l’ensemble des armes lourdes, missiles antichar, obus d’artillerie, missiles de croisière notamment, des armées de l’OTAN, et surtout la non-nécessité de cet ajout, en raison de l’énergie nucléaire utilisée de toute façon systématiquement. La fission de quelques dixièmes de grammes d’uranium hautement enrichi fortement comprimés par des explosifs très puissants (l’augmentation de densité fait chuter la masse critique) suffit à traverser n’importe quel blindage.

Ci-dessous, la longue lettre de Frieder Wagner, auteur du film Deadly Dust donnera à nouveau au lecteur de nombreuses raisons de comprendre que cette dangerosité est connue depuis extrêmement longtemps. Aussi longtemps d’ailleurs puisque l’uranium appauvri a été utilisé pour la première fois massivement au Vietnam – les premiers brevets d’armes à uranium appauvri datent de la fin des années 60, et en 1972 circulait déjà un manuel de manufacture pour la manipulation industrielle de l’uranium appauvri, évidemment notamment et essentiellement à des fins de production de munitions. L’uranium appauvri est ajouté autour d’une charge fonctionnant avec une micro-tête nucléaire. Les malformations et la diversité des maladies au Vietnam correspondent aussi parfaitement à ce que l’on retrouve au Moyen-Orient par la suite. Le manuel de 1972 précisait déjà que le feu d’uranium appauvri présente un risque radiologique et qu’une protection respiratoire est nécessaire à proximité de tels feux.

***

Monsieur le Ministre adjoint,
Je suis extrêmement préoccupé car vos réponses à la question écrite du groupe parlementaire Die Linke sont si scandaleusement fausses que soit vos conseillers scientifiques sont des ignorants soit vous vous êtes appuyé sur des rapports et des études dépassés. Si ce n’est pas le cas, je crains que vous n’ayez – délibérément ou non – transmis au Parlement des connaissances scientifiquement dépassées ou dépassées depuis longtemps. Une autre explication serait que vous n’avez pas fait vérifier des études et rapports de commissions datant – me semble-t-il – des années 1999 et 2001 par des scientifiques neutres. En cela, vous auriez pour le moins manqué à votre devoir de vigilance à l’égard du Parlement et du peuple.
Commençons par votre «Remarque préliminaire du gouvernement». Vous écrivez ceci:

«Jusqu’ici, aucune étude n’a établi de rapport de causalité scientifiquement prouvé entre l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri et les maladies évoquées par les médias.»

Qui vous a donné cette mauvaise information?
Si vous lisez attentivement le chapitre 4 des documents annexés,* vous verrez que c’est faux et que de nombreux scientifiques renommés, et également des scientifiques militaires américains, ont constaté cette relation à plusieurs reprises. Voici quelques exemples:

Peter Nowell a constaté, en 1976, qu’«il ne fait aucun doute que la radioactivité provoque des cancers et favorise le développement des cancers dus à d’autres agents cancérogènes.» (P. Nowell, The clonal evolution of tumor cell populations, Science, October 1976).
De nombreux scientifiques qui se méfient des recherches effectuées par les militaires rappellent toujours les travaux scientifiques de Hermann Joseph Muller, qui lui ont valu le prix Nobel de médecine en 1946. Muller avait découvert les terribles transformations cellulaires induites par le rayonnement ionique chez l’homme. John W. Gofman, ancien directeur du Groupe de recherches sur le plutonium, qui avait réussi en 1942, à Berkeley, à produire un milligramme de plutonium, ne cessait depuis lors de mettre en garde: «Selon tous les critères raisonnables que nous tirons des résultats de la science, il n’existe pas de dose dépourvue de risque, il n’existe pas de rayonnement alpha sans danger pour l’organisme. S’il s’agit là d’un fait, toute exposition à des radiations est une autorisation à commettre un meurtre.» (J. Gofman, Radiation Induced Cancer from Low-Dose Exposures, 1990 et Gofman dans une lettre ouverte aux agences de presse du 11 mai 1999.)
Les travaux de Peter Nowell ont été complétés plus tard par d’autres études qui révèlent irréfutablement une instabilité génétique induite par la radioactivité. Selon F. W. Morgan et ses confrères américains «la perte de stabilité du génome est considérée comme un des aspects les plus importants de la carcinogenèse.» Même l’Institut de recherches radiobiologiques de l’Armée américaine reconnaît maintenant que l’UA peut provoquer des cancers. (Miller, A.C. et al., Observation of radiation-specific damage in human cells exposed to depleted uranium: dicentric frequency and neoplastic transformation as endpoints, Radiol. Protection Dosimetry 99 (1–4): 275–278, 2002)
Miller et ses confrères ont également découvert que d’infimes quantités d’UA, qui sont trop petites pour être toxiques et sont faiblement radioactives, provoquent plus de dommages cytogénétiques que ceux qui s’expliquent par leur toxicité ou leur radioactivité uniquement. (Miller, A.C. et al., Potential late health effects of depleted uranium and tungsten used in armor-piercing munitions: Comparison of neoplastic transformation and genotoxicity with the known carcinogen nickel, In: Proceedings of the International Conference on Low-Level Radiation Injury and Medical Counter-measures, ed. T.M. Blakely et al., Bethseda, MD, November 8–10, 1999)
Leurs derniers résultats confirment un rapport provisoire de la Royal Society qui suggère que la toxicité et la radioactivité de l’UA se renforcent mutuellement d’une manière encore inconnue et telle que 8 fois plus de cellules que prévu subissent des dommages cytogénétiques. Il en résulte que, dans les études actuelles du gouvernement, les risques cancérogènes et génotoxiques de l’UA pourraient être considérablement sous-estimés. (Royal Society [U.K.], The Health Effects of Depleted Uranium Munitions: Parts I and II, London, May 2001)
Etc. etc.
S’ils s’étaient donné un peu de peine, vos conseillers auraient pu trouver pour vous un jugement judiciaire de 1993:
En 1992, le Pr. Siegwart-Horst Günther, médecin et chercheur, a rapporté d’Irak une munition à l’UA pour la faire examiner à Berlin par des spécialistes, à une époque, notons-le, où les Alliés en Irak prétendaient que ces munitions ne contenaient pas d’uranium. Un tribunal a confisqué cette munition et l’a fait examiner par un expert qui a déclaré: «Nous avons constaté que c’est de l’uranium, plus précisément de l’uranium appauvri. L’uranium est un métal lourd radioactif dont l’effet sur l’organisme est nocif dans tous les cas.» (Amtsgericht Berlin-Tiergarten, Az.: 331 Cs 440/92 Umw. 1993)
Le professeur Günther a par conséquent été condamné à une amende de 3000 marks. Je ne comprends toujours pas cela car Günther était en Irak en tant que médecin et s’il rassemblait là-bas des matériaux pour une recherche (et risquait même sa vie), il ne devait pas, à mon avis, imaginer contrevenir le moins du monde à telles ou telles dispositions puisqu’une partie au conflit utilisait si massivement des armes qui, selon le droit international, ne devaient pas être radioactives.
Au début de la «Remarque préliminaire du gouvernement», vous écrivez:

«Depuis 1999, le gouvernement fédéral prête une attention accrue à la question des munitions à l’UA et à leurs éventuels dangers sanitaires. Il a commandé des études à ce sujet et en a évalué d’autres.»

Je suppose que vous faites allusion ici en particulier à l’étude du 3/1/2001, commandée par le ministère de la Défense, intitulée Untersuchungen zur Uran-Ausscheidung im Urin – Überprüfung von Schutzmassnahmen beim Deutschen Heereskontingent Kfor. Cette étude a été menée par le Forschungszentrum für Umwelt und Gesundheit, Institut für Strahlenschutz (GSF) de Neuherberg, près de Munich. Dans le résumé, il est écrit que «les mesures de la présence d’uranium dans l’urine de soldats montrent que l’on n’a constaté d’indices d’incorporation d’uranium chez aucun des sujets examinés.»
Dans mon film «Deadly Dust – Todes­staub», un des scientifiques responsables de l’étude, le physicien médical Paul Roth explique:

«En tout, nous avons mené plus de 1000 études semblables et nous n’avons constaté la présence d’UA dans les urines de personne. Il n’existe pas la moindre preuve de la présence d’UA dans les urines, que ce soit dans la population ou chez les soldats des forces étran­gères.»

Mais dans le film, le géologue Axel Gerdes de l’Institut de géologie de l’Université
Johann-Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main réplique ceci:

«Evidemment, on a seulement cherché à savoir s’il y avait de fortes concentrations, des concentrations fortement accrues, et après, on a dit qu’il n’y en avait pas. On n’a pas cherché à savoir si tel ou tel sujet était un peu contaminé, s’il éliminait un peu d’UA. […] Si d’infimes particules d’oxyde d’uranium non solubles sont présentes dans l’organisme et que seules les plus petites sont éliminées, on ne trouvera que celles-là dans l’urine. Il faut recourir à des méthodes, à des techniques plus fines.»

A ce sujet, Monsieur le Ministre, la lettre de commande de l’étude adressée par le Ministère de la Défense au GSF datée du 30 juillet 1999 est libellée ainsi:

Dr P.
GSF – Institut de protection
radiologique
85758 Neuherberg
Objet: Utilisation de munitions comportant des composants à l’UA – Eventuelle contamination de soldats allemands par une exposition interne
[…]
Je vous remercie beaucoup d’avoir accepté de mener une analyse et une évaluation sur l’éventuelle contamination de soldats allemands par des composants de munitions à l’UA dans la zone de mission au Kosovo.
Je suis en principe d’accord avec vous que, si l’on tient compte des expériences faites lors de la guerre du Golfe, il faut partir de l’hypothèse qu’il n’existe pas de danger sanitaire dû à la présence de composants de munitions à l’UA et de leurs produits de réaction sur et dans le sol ou sur les véhicules militaires.
[…]

Il apparaît clairement dans ces lignes que le commanditaire, le ministère de la Défense, n’avait pas intérêt à ce que le résultat de l’étude soit positif, c’est-à-dire que l’on s’attendait – avant même que l’étude ne commence! – à ne pas trouver de résidus d’uranium dans les urines. Et le résultat de l’étude a été conforme à cette attente.
Dans le film, on apprend un peu plus loin que le GSF a, peu de temps après, effectué une étude destinée à savoir comment les nano­particules d’uranium inhalées se comportaient dans les poumons. Le résultat a étonné les chercheurs du GSF mais confirmé les critiques de l’étude sur l’urine du GSF formulées par le géologue Axel Gerdes. Voici ce que Paul Roth déclare dans le film à propos des résultats de la nouvelle étude:

«Nous aussi, les résultats obtenus jusqu’ici nous ont surpris. Une partie de l’UA, environ 1/3, se dissout très rapidement en quelques jours, c’est-à-dire qu’elle ne reste pas dans les poumons. L’autre partie, environ la moitié ou les deux tiers, ou bien ne se dissout que très lentement ou peut-être pas du tout. Tant que l’UA est dans les poumons, il continue évidemment d’émettre des radiations et d’une manière générale, plus il y reste longtemps, plus élevée est la dose de radiations sur le tissu cellulaire environnant.»

Or aucun communiqué de presse du ministère de la Défense, aucun site Internet ne mentionne ce résultat. On a donc de bonnes raisons de croire qu’on l’a volontairement caché à l’opinion et au Parlement. Le Bericht des Arbeitsstabes Dr. Theo Sommer: Die Bundeswehr und ihr Umgang mit Gefährdungen und Gefahrstoffen du 21 juin 2001, si encensé par ceux qui minimisent les dangers de l’UA, cite, au chapitre intitulé Uranium appauvri, toutes sortes d’études mal faites, et la plupart du temps banalisantes, de l’OTAN, de l’UE et de l’OMS, y compris celle du GSF mentionnée plus haut, mais jamais celle au «résultat surprenant». On trouve juste à la page 25 du Rapport Sommer la phrase suivante: «Le rayonnement alpha peut provoquer des dommages dans l’organisme.»
Mais c’est justement l’incorporation d’UA qui est terriblement dangereuse, comme vous avez pu, Monsieur le Ministre, l’apprendre de scientifiques neutres et comme vous pourrez le lire dans la documentation jointe à cette lettre. Aussi faut-il préciser ceci:
Depuis la guerre du Golfe de 1991 et celle du Kosovo de 1999, les risques des munitions à l’uranium étaient connus du grand public et également des auteurs des études précitées. Ceux qui, en 2003, ont voté pour la deuxième guerre du Golfe, ne votaient pas seulement en faveur d’une guerre contraire au droit international. Ils étaient aussi délibérément favorables aux crimes de guerre que constitue l’emploi des munitions à l’UA. En 2003, des personnalités de premier plan, des politiques, des journalistes et des commentateurs se sont exprimés en Allemagne en faveur de cette guerre. Ils ne peuvent pas prétendre aujourd’hui avoir ignoré l’emploi de ces munitions et leurs effets dans un conflit armé actuel.
Et, Monsieur le Ministre, je voudrais attirer l’attention du politicien que vous êtes sur la question suivante: Pourquoi le problème de l’UA n’est-il souvent pas compris par les scientifiques et surtout par les politiques?
A ce sujet, la biologiste Rosalie Bertell, qui a déjà été consultée par le gouvernement fédéral, a déclaré dans une conférence:

«Parmi les problèmes fondamentaux qui empêchent que l’opinion comprenne cette nouvelle situation, il y a celui de nos spécialisations universitaires et la nouveauté de la contamination. La toxicologie étudie les métaux lourds depuis plus d’un siècle mais pas les particules céramiques de l’ordre de grandeur du nanomètre. En outre, les cours de toxicologie des universités ne comprennent pas l’étude des métaux radioactifs comme l’uranium car cette discipline est laissée aux physiciens nucléaires. Le calcul des doses radioactives revient aux physiciens qui utilisent le modèle d’inhalation proposé par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR). La CIPR est une ONG qui se perpétue par cooptation et où toutes les décisions sont prises par le comité principal constitué de 13 personnes. Lorsque les Nations Unies ont créé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et lui ont demandé d’établir des normes de protection contre la radioactivité, l’AIEA s’est tournée vers la CIPR et non vers l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour qu’elle formule des recommandations. L’AIEA conclut des conventions («memos of understanding») avec les autres organisations dépendant de l’ONU, OMS comprise, par les­quelles elle est devenue chef de file en matière de normes de protection contre la radioactivité et d’estimation du sinistre après chaque accident.
La CIPR a prescrit une méthodo­logie mathématique qui détermine comment calculer la dose et le nombre des types de cancers mortels devant découler de chaque dose. Cette méthodologie présuppose un système de réparations des cellules corporelles fonctionnant normalement et utilise les caractéristiques observées de la poussière de mines d’uranium. Le Comité européen sur le risque de l’irradiation (CERI) et l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire, organisme officiel, ont estimé que cette méthodologie était inutilisable pour le calcul de la dose de sources d’irradiation pénétrant à l’intérieur du corps. (cf. Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, Response to ECCR: Health Consequences of Chronic Internal Contamination by Radionuclides, DRPH/2005-20, Paris, 2005).
Ce modèle mathématique relatif au degré de contamination de la population ne tient compte ni de la distribution par âges ni du statut sanitaire des personnes exposées à la contamination, ni des autres expositions toxiques qui s’ajoutent aux radiations dues à la poussière d’uranium. Il ne distingue pas non plus entre une particule de 2 microgrammes (µg) et 40 000 à 60 000 nanoparticules d’une masse totale de 2µg. Si les deux microgrammes d’UA se transforment en aérosol de 40 000 à 60 000 nanoparticules, ils apportent une tout autre dose à la personne qui les inhale. Cette dose est au moins 36 fois plus élevée que celle de la particule d’UA intacte de 2µg. L’accroissement provient de l’augmentation de la surface à volume identique. Les petites particules entrent en contact avec une surface de tissu à peu près 3,6 fois plus grande et les particules alpha émises par l’uranium et endommagent le tissu 10 fois plus que si elles provenaient d’une plus grande particule intacte. Cela s’ex­plique par le fait qu’elles sont directement émises par la surface et non freinées par la particule.
L’OMS, l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des radiations ionisantes) et le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) ont été contraints par les conventions susmentionnées d’utiliser la méthodologie et les recommandations de l’AIEA et par conséquent celles de la CIPR. Ces organisations ne sont pas indépen­dantes. Comme elles utilisent toutes la méthodologie et les facteurs de risque de la CIPR, elles parviennent toutes aux mêmes conclusions (erronées).
Dans la hiérarchie des organisations des Nations Unies, l’AIEA dépend directement du Conseil de sécurité alors que l’OMS fait rapport à l’ECOSOC (Conseil économique et social) qui dépend de l’Assemblée générale. Ainsi, l’AIEA a priorité, notamment en matière militaire.
(Rosalie Bertell, exposé présenté lors du XVe Congrès Mut zur Ethik (31 août-2 septembre 2007, Feldkirch/Vorarlberg, sur le thème «Peuples et cultures, se respecter mutuellement et apprendre les uns des autres»)

On peut donc supposer que les instituts officiels ou proches de gouvernements n’uti­lisent pas des méthodes scientifiques vraiment nouvelles.

Voici encore quelques remarques à propos de vos réponses aux questions que j’ai posées au gouvernement fédéral, réponses qui, à ma connaissance, sont erronées ou ne correspondent pas à la réalité.
Ainsi, aux questions 3 et 4, vous répondez ce qui suit:

«Le gouvernement fédéral ne possède pas de données à lui sur d’éventuels endroits et périodes où des munitions à l’UA auraient été utilisée en Afghanistan depuis 2001.»
et:
«L’utilisation de munitions à l’UA n’est pas signalée au gouvernement fédéral. Il n’existe pas d’obligation d’informer à ce sujet.»

Comment dois-je comprendre alors la consigne dont une copie, qualifiée de «confidentielle», m’est parvenue et qui ne peut guère provenir que du ministère de la Défense? Voici ce qu’on peut y lire:

«1.3.3. Risques des munitions à l’UA
Lors de l’opération «Liberté im­muable» destinée à soutenir l’Alliance atlantique contre le régime taliban, des avions de combat américains ont utilisé notamment des munitions incendiaires anti-blindés à l’UA. Lors de leur impact sur des cibles blindées (p. ex. chars, camions), l’uranium s’enflamme en raison de son effet pyrophore, ce qui produit en particulier sur et dans les cibles des poussières toxiques sédentaires qui peuvent à tout moment être soulevées par le vent.
Les munitions à l’UA peuvent par conséquent provoquer des dommages toxiques et radiologiques chez les soldats non protégés:
– risque d’empoisonnement au métal lourd,
– risque de radiations de faible intensité.
En cas de suspicion d’emploi de ces munitions (blindés ou camions incendiés, impacts typiques de munitions de 30 mm), il convient de porter à proximité de la cible une combinaison NBC (overgarment) et un masque NBC jusqu’à ce que la troupe de défense NBC estime que le danger est écarté. […]»

Cela m’amène à conclure, Monsieur le Ministre, que certains membres au moins du gouvernement fédéral, à défaut de nos soldats stationnés là-bas, savent que des tonnes de munitions à l’UA ont été utilisées en Afghanistan. Vous-même ne le saviez apparemment pas; ou vouliez-vous peut-être délibérément le dissimuler dans votre réponse au Parlement et à son Président? Certainement pas!
Concernant la réponse au point 14 («Quelles études et recherches sur les conséquences des munitions à l’uranium le gouvernement fédéral a-t-il menées et financées, des guerres du Golfe de 1991 et de 2003 aux guerres en Yougoslavie de 1995 et de 1999?»:
Depuis lors, vous vous êtes peut-être rendu compte à quel point les études du GSF et d’autres sont sujettes à caution. Mais le problème n’est pas avant tout celui de l’eau po­table contaminée mais celui de l’inhalation de nanoparticules d’oxyde d’uranium et le fait qu’elles peuvent se répandre par le sang dans tout l’organisme, jusque dans le sperme et les ovules et provoquer des cassures chromo­somiques chez les personnes contaminées. Ces modifications génétiques sont ensuite transmises aux enfants, aux petits-enfants et ainsi de suite pendant de nombreuses générations. C’est ça qui est effroyable. En 1997 déjà, on a constaté la présence d’uranium 238 dans le sperme de 5 anciens combattants américains sur 25 qui avaient des fragments d’uranium dans l’organisme depuis 1991. (Melissa McDiarmid, Procès-verbal de la téléconférence du 25 mars 1998 de la Veterans Administration/Department of Defense sur le programme d’UA)
A ce sujet, j’ajouterai qu’on a des raisons de craindre qu’environ 30% des soldats de nos troupes de «maintien de la paix» du Kosovo et d’Afghanistan rentreront au pays fortement contaminés. Certains soldats ne développeront peut-être un cancer ou une leucémie qu’au bout de 20 ans. Mais pensez-y: L’analyse au spectromètre de masse d’un prélèvement osseux provenant d’un de ces hommes permettra, même au bout d’une si longue période, de voir à l’aide d’une empreinte isotopique s’il a absorbé de l’UA et si c’est cela qui a déclenché sa maladie. La moindre des choses qui menacera le gouvernement sera une réparation financière, qui dépassera peut-être le milliard d’euros. Citons une fois encore Rosalie Bertell:

«L’uranium appauvri est une arme qui détruit les soldats qui les utilisent et la population qui y est exposée ainsi que les soldats du camp adverse. L’UA détruit l’environnement civil après la guerre et le rend dangereux pendant de nombreuses décennies, comme les mines antipersonnel qui sont condamnées et interdites aujourd’hui.»
(Rosalie Bertell: International Journal of Health Services, volume 36, Number 3, Pages 503–520, 2006)

A propos de la réponse 16 («Quelles études sur les effets des munitions à l’uranium sont connues?»):
Si le Centre de compétence de la Bundeswehr a évalué 300 études sur l’UA, d’innombrables indications sur les effets potentiels ont dû vous parvenir, ou alors les responsables font mal leur travail, ce qui peut avoir de terribles conséquences.
A propos de la réponse aux points 17 et 18 («De nouvelles études sur l’UA et ses effets sont-elles nécessaires?»:
Je ne peux que vous conseiller avec insistance de financer immédiatement de nou­velles recherches, effectuées avant tout par des instituts neutres et indépendants du gouvernement afin d’agir ensuite en conséquence et d’éviter une catastrophe.
Le 19 juin 2004, une prise de position de médecins et de scientifiques sur «les conséquences de l’utilisation de munitions à l’uranium» résumait ses réflexions de la manière suivante:

D’un point de vue médical, il est regrettable que les nouvelles méthodes de recherches scientifiques sur les munitions à l’uranium n’aient pas été appliquées dans les recherches officielles. Aussi a-t-on l’impression que les études effectuées par les gouvernements américain et britannique (et ceux des pays qui leur sont proches) ne servent pas à tirer les causes au clair mais à les occulter. De même, le refus du Conseil de sécurité, sous la pression du gouvernement américain, de faire effectuer par l’OMS en 2001 des études systématiques et étendues sur les causes des cancers infantiles, et en particulier les leucémies en Irak renforce le grave soupçon – qu’on ne saurait écarter – qu’on cherche ici à occulter le problème des causes au lieu de l’étudier.»

Et maintenant on apprend même du gouvernement irakien, favorable aux Etats-Unis, que la poussière d’UA des guerres de 1991 et de 2003 a rendu au moins 18 régions quasi inhabitables et qu’il a fallu en évacuer la population. (http://www.schweizmagazin.ch/news/336/ARTICLE/1911/2008-01-03.html)
Citons encore la prise de position de Berlin:

«Malgré toutes les questions encore en suspens, les recherches récentes, et en particulier les recherches indépendantes, ont apporté suffisamment de preuves que les personnes qui ont absorbé des nanoparticules d’uranium, qu’il s’agisse de soldats ou de civils, mais avant tout les enfants et les jeunes, sont exposées à de graves risques pour leur santé et leur vie. [cf. documents joints]
Cela suffit pour demander aux gouvernements du monde, c’est-à-dire à l’UE et au Conseil de sécurité, l’interdiction absolue d’utiliser des armes à l’UA. Aucune puissance au monde n’a le droit d’empoisonner et de tuer les gens longtemps après la fin des hosti­lités sur les zones de combats qu’ils ont choisies eux-mêmes.» (Prise de position d’experts spécialistes et conclusion de médecins et de scientifiques concernant «Les conséquences de l’emploi de munitions à l’uranium», Berlin, 19/6/04)

Et c’est cela précisément, après tous les textes sur les droits de l’homme, les Conventions de la Haye et de Genève et les Décrets de Nuremberg, qui est interdit depuis longtemps comme étant un crime de guerre. C’est sans doute la plus gênante des vérités et c’est pourquoi nos gouvernements l’occultent systématiquement.
Voici ce qu’écrit Rosalie Bertell à ce sujet:

«Il est évident que l’UA est respon­sable d’un grand nombre de processus biochimiques très nocifs pour l’homme. Les dommages affectent chacun, indépendamment de sa nationalité, de son âge, de son sexe, de son statut de soldat ou de civil. Il est incontestable que l’UA, en brûlant à des températures allant jusqu’à 5000° C dégage une fumée métallique invisible qui est dangereuse. Cela seul constitue déjà une violation du Protocole de Genève sur l’interdiction de l’emploi des gaz dans les guerres, car la fumée métallique correspond à un gaz.» (Rosalie Bertell, International Journal of Health Services, Volume 36, Number 3, Pages 503–520, 2006)

Le Protocole de Genève qui interdit l’usage des gaz en tant qu’arme de guerre a été signé par le président Gerald Ford pour les USA le 22 janvier 1975 et est entré en vigueur le 19 avril de la même année. La Grande-Bretagne l’avait déjà signé le 9 avril 1930. Par conséquent les Etats-Unis et la Grande-Bretagne connaissaient parfaitement leurs obligations au titre dudit Protocole avant la guerre du Golfe de 1991. Pourtant ils les ont négligées dans cette guerre et dans toutes les suivantes (Bosnie en 1995, Kosovo en 1999, Afghanistan en 2001 et Irak en 2003). (Protocole concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques, Genève, 17 juin 1925)
En ce qui concerne la réponse 19 («Combien de soldat(e)s de la Bundeswehr ont fait valoir un préjudice de santé dû à une contamination radioactive subie dans l’accomplissement de leurs devoirs militaires?»):
Si aucun soldat de la Bundeswehr ne le sait, vous-même devez savoir qu’en Italie au moins 109 soldats qui étaient stationnés au Kosovo sont morts des suites de cancers agressifs. La famille d’un officier au moins a reçu une indemnisation de 500 000 euros. Et la maladie de l’ancien combattant britannique de la guerre du Golfe de 1991 Kenny Duncan a été reconnue par un tribunal britannique comme étant la conséquence d’une contamination par des munitions à l’uranium et il reçoit maintenant une pension assez élevée.
Je connais moi-même au moins trois soldats de la Bundeswehr qui étaient au Kosovo et sont morts ensuite de maladies agressives étranges. Deux d’entre eux ont succombé à un cancer dont l’évolution rapide a intrigué même les spécialistes. Ils étaient tous les trois stationnés à Prizren et dans ses environs. La Bundeswehr ne veut rien en savoir, mais elle devra un jour en assumer la responsabilité. En effet, nous avons demandé l’exhumation du corps de l’un de ces soldats. Je suis sûr que l’on va trouver de l’UA dans ses os.
Quant à la réponse 21 («Existe-t-il des études longitudinales effectuées sur des soldats de la Bundeswehr relativement à l’UA et à ses effets?»), je vous prie instamment de relire le dernier paragraphe de mon développement concernant la réponse 14.
Pour ce qui est de la réponse 23 (sur les études de l’OTAN, du PNUE et de l’OMS):
Les études de l’OMS doivent être prises avec prudence car dès 1959 cette organisation a passé un accord avec l’AIEA qui contient la phrase suivante: «Chaque fois que l’une des parties se propose d’entreprendre un programme ou une activité dans le domaine qui présente ou peut présenter un intérêt majeur pour l’autre partie, la première consulte la seconde en vue de régler la question d’un commun accord.» (Accord entre l’Agence internationale de l’énergie atomique et l’Organisation mondiale de la santé, OMS, Documents fondamentaux, Genève, 1999)
C’est précisément cette obligation de régler les questions «d’un commun accord» qui permet depuis lors à l’AIEA d’empêcher l’OMS d’étudier la relation entre l’exposition aux radiations et les maladies dans la population ou de publier des études sur le sujet. Ce fait a été mis en lumière lors d’une publication et d’une conférence de presse de février 2004 d’un spécialiste de l’OMS, le Dr Keith Baverstock, qui a pris sa retraite cette année-là. Dans une étude de l’OMS, Baverstock et ses co-auteurs attiraient l’attention sur le fait que les poussières aériennes qui contiennent des aérosols d’uranium, telles qu’on les trouve à certains endroits du sud de l’Irak (et également en Afghanistan) étaient radioactives et chimiquement très toxiques. Cette étude achevée en 2001 et étouffée à l’époque «aurait pu, selon Baverstock, exercer une pression sur les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et mettre un frein à l’utilisation des armes à l’uranium». Voici ce qu’il a déclaré:

«Le résultat de notre étude est que l’utilisation massive d’armes à l’uranium en Irak constitue une menace sanitaire pour la population. Nous possédons de plus en plus de preuves scientifiques que la radioactivité et la toxicité chimique causent plus de dommages aux cellules humaines que nous le supposions jusqu’ici. L’UA est une source de rayonnement alpha et présente en même temps une toxicité chimique. L’interaction de ces deux effets peut produire un «effet cocktail» responsable de l’augmentation du risque de cancer.» (Prise de position d’experts spécialistes, Tribunal sur l’Irak, Berlin, 19 juin 2004)

C’est pourquoi, comme je l’ai dit plus haut, le gouvernement irakien a déclaré 18 régions du pays inhabitables en raison de leur contamination et déplacé les populations.

Communiqué de l’OMS et de l’AIEA lors d’une conférence de presse commune

Lors d’une conférence de presse commune, l’OMS et l’AIEA ont fait savoir qu’en 2005, dans le monde, 7,6 millions de personnes étaient mortes d’un cancer et qu’en 2020 ce nombre allait doubler pour atteindre 15 millions. Par la suite, on pourrait même déplorer 84 millions de morts par cancer chaque année.
Il n’a pas été précisé si cette augmentation était due à une contamination radioactive de l’atmosphère. Certains journalistes le craignent car l’OMS et l’AIEA ne font des communiqués communs qu’en ce qui concerne la radioactivité. (http://www.medical-tribune.de/patienten/news/21970 et http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2006/pr06/en/index.htm)
Je tiens à vous assurer, Monsieur le Ministre, que j’ai écrit cette lettre dans un sentiment d’inquiétude à propos de nous tous. Quand on a, comme moi, journaliste indépendant et cinéaste, réalisé pendant 35 ans des émissions pour les chaînes de télévision ARD et ZDF et reçu différents prix nationaux et internationaux, on remarque, en abordant certains sujets, qu’ils ont un caractère d’urgence. C’est le cas des munitions à l’uranium et de leurs effets, notamment parce qu’il apparaît de plus en plus nettement que l’utilisation de ces armes constitue un crime de guerre.
En outre, il ne faut pas que mes enfants puissent dire que je savais et que je n’ai rien fait. En tant qu’homme politique responsable, vous devez maintenant prendre une décision. Prenez la bonne.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de mes sentiments distingués.

Frieder Wagner, journaliste et cinéaste

P.S. Vous me permettrez d’envoyer la présente lettre ouverte à divers députés et journaux.
(Traduction Horizons et débats)

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Sputnik News rapporte que Frieder Wagner n’arrive plus à décrocher de contrats pour faire des films depuis celui sur l’uranium appauvri. C’est certainement vrai, mais Sputnik News ne vous dira pas que la Russie s’est abstenue lors du dernier vote aux Nations-Unies sur la dangerosité de l’uranium appauvri pour la santé humaine…

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